samedi 19 août 2017

Redressez-vous 4








-4-

Parfois les mots manquent à l’appel.
Ils restent terrés, atterrés, cherchant désespérément une ombre où méditer.

Parfois les mots attendent.
Ils cherchent la sortie mais ne la trouvent pas.
Alors ils tournent et tournent sans fin.
Lorsqu’ils affleurent, ce n’est plus l’heure, ni le jour.
Ils s’évanouissent et ne connaissant plus le sentier des mains.

Tant de fois il m’arrive de croire en cette page devenue blanche, comme l’esprit qui la contemple.
De quelle vie le texte est l’oripeau ?


Une veine ouverte laisse couler son flot d’encre.
Le mot est ce havre ouvert aux matins hésitants.
Il me faut ma dose.
Lorsqu’elle ne vient, c’est mauvaise journée.

Alors ce qui ne relève plus de la page éclate en mille colères.
C’est tempête qui bouscule les heures.
Debout à la proue de mon navire chaviré, je contemple l’étendue des désastres.
Nous savions à quels naufrages nous attendre.
Il semble que beaucoup ne pensaient pas qu’ils viendraient aussi vite.

Nous voyons des légions imbéciles prétendre légiférer nos vies.
Ils viennent avec arrogance nous juger sur nos mines.
Ils étranglent nos faims et nos soifs pour donner aux mieux munis le vol  perpétué sur nos quotidiens blêmes.
Quelque chose se brise chaque jour un peu plus. 

Qui pourrait croire encore que sortirait du bon de cette ornière boueuse ?


26 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

vendredi 18 août 2017

Redressez-vous 3








-3-

C’est grand désordre d’été.
Les pensées s’étalent sur les plages bondées.
Juste à côté…

Juste à côté ils font la manche.
Ils espèrent piécettes pour rafraîchir glottes en folie.
Ils espèrent, ou plutôt non.

Ils n’espèrent rien.
Rien à attendre une fois tout perdu, une fois les dos vouté sous le poids de la misère.
Rien.

Comme eux je m’en vais, convaincu d’avoir à lutter contre, puisque m’y voici contraint.
J’avais cru un instant, pour eux comme pour moi pouvoir me mettre à l’oeuvre d’un pour.
J’avais cru.

Tandis que de ses geôles un otage turc de la prison européenne s’évade, je cherche en vain la lime.
Ha ! Scier les barreaux si forts scellés à l’intérieur de mon crâne.

Ne rien attendre.
Savoir tout faire pour éviter le naufrage.
Faire la guerre au consumérisme qui nous ruine.

Abattre nos bastilles intérieures.
Rompre les barbelés qui nous enserrent.

A ce prix là, quelque chose pourrait advenir.

Quelque chose qui n’a pas de prix et n’est indexé sur aucune réussite.


17 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

jeudi 17 août 2017

Redressez-vous 2









-2-

Puisque la montagne se dérobe à mes moyens, me voilà trouvant refuge dans celle des livres à lire.

Et c’est encore privilège.

Chaque jour je te vois, couché en plein soleil sur le trottoir, devant la rutilante vitrine d’un magnat de la téléphonie.
Tu te tournes d’un côté, de l’autre, parfois viens t’assoir sur le banc, au pied du platane.
Le monde tourne, les passant passent, et toi, toi du dors là, impassible.

Tes yeux dans le vague d’une vie désossée, tu n’as plus un regard pour celles qui glissent devant toi, feignant l’indifférence.

Je me réfugie en mes sommets de littérature.
Je ne sors presque plus.
Ce n’est pas seulement la chaleur qui me rebute.
C’est la vision de ces inégalités.

Je me réfugie dans mes vallées de silence.
Vais-je seulement savoir éviter de sombrer ?
Je te regarde, perdu dans je ne sais quelle vision, au pied de ce platane.
Je me vois demain à ta place.
C’est si fragile une vie.
C’est si ténu lorsque tu n’as pas les privilèges requis.

C’est si simple de descendre aux enfers, sans que nul ne te tende la main.
Alors tu vis courbé, ton regard lentement s’évade vers d’autre univers.
Là-bas sans doute il n’est aucune misère.
Tu attends d’en franchir le seuil.
Par où est la sortie ?

Si peu de secours viennent à ta rencontre !


16 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

mercredi 16 août 2017

Redressez-vous 1








-1-

Tes yeux sont de plomb.
Ta tête est si lourde.
Tu regardes sans voir, réfugié en dedans de tes pensées.

Sais-tu de quoi vie se tisse ?
Sais-tu comment jongler avec ton destin ?


Tu vis courbé sous le poids des chagrins.
Jamais le temps de te redresser.
Alors la vie te laisse en cette inclinaison.
Ton regard se pose avec indifférence .
Puis tu retournes dormir sur ton coin de trottoir.

Vie défaite, tu ne comptes plus.
Aurais-tu compté un jour que ça se saurait !


Une balise, une bouée te seraient de grand secours.
Un récif même pourrait te satisfaire.
Juste pour arrêter ta dérive, à la surface d’un monde naufrageur.

Le moindre bruit vient troubler ton repos.
Tu restes là dans la nuit, les yeux rivés sur tes défaites.


Tu n’es rien, ne possède rien.
Même plus la force d’organiser ta résurrection.
Des mains se tendent ? Tu les refuses.

Tu sais n’avoir rien à attendre, mais tu attends.

Tu dérives sur les courants du malheur depuis si longtemps !


15 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

mardi 15 août 2017

Vingtième méditation d’après









Il me faut revenir sur l’histoire, celle qui se fait loin des pouvoirs.

Ils ont compris, les sordides, qu’il fallait monter des murailles plus épaisses et moins visibles.
Alors ils ont embauché les médias comme geôliers.
Ils nous ont muré les pensées dans le carcan étroit de la fatalité.
Ils nous ont fait courber l’échine.
Même les plus rebelles, nous voici imprégnés de ce mercantilisme sans âme.

Alors je vais sous d’autres cieux, arpente des rues en la capitale éphémère du théâtre.
Une foule me presse de tous côtés, sans joie.
Quelque chose s’est grippé dans les rouages de l’enthousiasme.

Irai-je sous d’autres cieux encore, méditer sur l’agonie du monde ?

Voudrais m’en affranchir de cette vision.
Voudrais dessiner les contours d’autres lendemains.

Me faudra sans doute en passer par d’autres voies.
Ecouter d’autres voix dire la lente érosion de nos vies.

Je vous regarderai marcher.
Je vous verrai si nombreux faire la manche.
Je verrai en vous les victimes d’un monde usé jusqu’à la corde.
Je chercherai les mots qui sachent accompagner vos révoltes.

Et demain sera ce que, vous et moi, nous apprendrons à en faire.
Nous n’aurons ni moule ni patron pour en tailler le costume d’avenir.
Et c’est fort bien de ne pas savoir que faire.

Ça nous permet d’apprendre à improviser.


14 juillet 2017

© Xavier Lainé, août 2017 - Et demain sera, extrait, tous droits de reproduction réservé

lundi 14 août 2017

Dix-neuvième méditation d’après









Heureusement qu’ils sont là, les vrais opposants.
Ce serait mortel ennui s’ils venaient à s’absenter comme tant d’autres.

Le tout pour certains c’était d’être élu, ne pas laisser la place à qui pourrait mieux dire.
Maudits soient les voix qui s’absentèrent, laissant l’inculture et l’ignorance prendre le dessus.

Que je vous dise l’entretien succulent avec une charmante agent des URSSAF.
Je me présente, un peu intimidé de vouloir me plaindre mais, bon, faudrait quand même qu’il me reste de quoi nourrir la maisonnée, pas vrai ?
Alors, j’y vais, je me lance. Je m’étonne ne pas avoir reçu de nouvelles depuis l’envoi de ma déclaration de revenus, le 26 mai dernier.
« Ha! Mais c’est normal ! Vous ne recevrez rien avant octobre ou novembre ! Vous comprenez, on attend que toutes les déclarations nous soient parvenues pour faire les calculs ! »
Silence, gros silence, et puis, timidement, j’avance : « Mais, vous comprenez, vous me prélevez huit cent euros par mois alors que mon revenu a baissé, d’autant que vous m’aviez déjà prélevé deux mille quatre cent euro en novembre et décembre dernier. De ce fait j’ai du recourir à un emprunt pour finir l’année et démarrer la suivante ! »
- Mais c’est normal, Monsieur, l’an dernier, c’était la régularisation selon vos revenus 2015, et cette année ce sont des provisions sur la même base ! »
- Et alors, je vais devoir encore emprunter combien avant que vous régularisiez sur 2016 ?
Elle regarde, m’énumère mes revenus. Je lui fais remarquer qu’elle a en main les chiffres de ma mise à mal.
- Mais si vous voulez réajuster, il faut nous faire une lettre nous prévenant de la baisse de vos revenus.
- Même si vous avez déjà les chiffres en main ?
- Oui, faites-nous une lettre et on procèdera à la baisse de vos cotisations mensuelles, immédiatement !
- Ha ! Mais vous avez prélevé déjà huit cent euro depuis janvier !
- Faites-nous donc une lettre !
Je la remercie poliment, ronge mon frein pour ne pas exploser.
Je n’ose même pas imaginer de quoi il va en retourner lorsque, par la grâce des « marcheurs » la « CSG » va augmenter « en particulier pour les professions libérales (sic) ».
Je n’ose pas.
Je me sens si seul, parfois, et dépourvu de tout mode d’emploi pour vivre à l’unisson de ce monde.

Chaque jour, pour vivre et travailler avec une éthique humaine, il me faut garder l’oeil sur des comptes qui n’en finissent pas de côtoyer le rouge.
J’aurais pu, comme beaucoup attendre les fruits de la retraite.
Ne sais de quoi il en retournera, une fois close la porte au nez de tant d’années de recherches patientes.
Je vis dans un monde où tout ceci est vain comme est vain l’acte d’écrire.

Ce soir, nous irons commémorer la prise de la Bastille.
Un peuple en fausse liesse oubliera les détails de cette histoire.
Ils vont se distraire, applaudir au feu d’artifice d’un monde qui ne fait que glisser à la superficie.

Tout est artifice dès lors que tu te laisse déposséder de ta profondeur.



13 juillet 2017

© Xavier Lainé, août 2017 - Et demain sera, extrait, tous droits de reproduction réservé

mardi 1 août 2017

Dix-huitième méditation d’après








Alors j’irai étendre mes pages sur un fil.
Pour que les pensées se dispersent au grand vent des rues obscures.

J’irai faire sécher mes mots, de toutes les larmes trop longtemps écoulées.
J’irai.

Je ne suis pas sûr de savoir, mais je serai là.
Là où à tant souffrir vous ne savez plus que dire ni comment faire.
Là où se noue et se dénoue le fil du temps qui lentement nous érode l’échine.

Je ne serai pas seul.
Vous serez là aussi, car il nous faut nous serrer les mots, les prendre à pleines mains, en marteler les heures de nos cris tant contenus qu’ils ne peuvent qu’exploser.
Dans cette éruption solaire, nous verrons apparaître des mondes.
Nous verrons les vieux monstres s’enfuir.
Nous construirons les digues nous protégeant de leur marée nauséabonde.

Je ne serai pas seul.
Mes mots tenus en main comme outil de nos évolutions futures.

Je ne suis sûr de rien.
Je n’ai qu’une certitude : celle de devoir être là où se cimentent nos maisons d’avenir.
Je prêterai ma plume à tous les Pierrots en souffrance.
Pour qu’ils puissent dire à quoi nous mènent les infinies régressions.

Regarde.
Quelque chose a changé.
L’air se fait plus léger.

Nos rêves sur le fil s’échappent par poignées.


12 juillet 2017




© Xavier Lainé, août 2017 - Et demain sera, extrait, tous droits de reproduction réservé