lundi 9 janvier 2017

Clapotis enfantins



"Gammes", carnet - Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés


Clapotis enfantins
Doux zéphyr
Cri des mouettes


Soleil évanescent
Dans la douce clarté
Lentement s’endort


Bordée la lumière
Au soir qui s’en vient
En vague houle s’évade


Douces pensées
Posées sur ta beauté
Penchée en l’onde pure


Que fait le buisson
Qui cache si mal
Ta nudité timide


Tu marches parmi les cades
Jette un oeil au carnet
Où s’épanchent les désirs


Tendre attente


Au soir qui s’avance


Extrait de "Gammes", carnets inédits

© Xavier Lainé, avril 2011, juin-juillet-septembre-novembre 2013, janvier-février-avril-mai-juin-juillet-août 2014, septembre-octobre-novembre 2015, février-novembre-décembre 2016




dimanche 8 janvier 2017

Juste plaisir d'être assis


"Gammes", carnet - Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés


Juste plaisir d’être assis
Anonyme parmi les anonymes
Yeux glissant aux épaules dévêtues
Petit bonheur d’un matin calme
Décliné en frêles joies
Et altercations de chalands

Petits désirs cueillis
Entre feuilles ensoleillées
A deux doigts des longues amertumes

Pour une fois humer avec délectation
Le lent flot égrené
En beautés légères vêtues
Si vite dévêtues
A l ‘ombre des tendres silences

Douce complicité
Au pas accompli des rencontres
Rires semés aux parvis d’églises
Chant cristallin des fontaines
Aux longs murmures échangés

Le rêve suit sa route


Eveillé cette fois

Extrait de "Gammes", carnets inédits

© Xavier Lainé, avril 2011, juin-juillet-septembre-novembre 2013, janvier-février-avril-mai-juin-juillet-août 2014, septembre-octobre-novembre 2015, février-novembre-décembre 2016




samedi 31 décembre 2016

2017



Si je devais, malgré tout, formuler quelques vœux, ils seraient résumés dans l'oeuvre ci-jointe de Valérie Néron, jaillie de mes propres mots vieux d'un an...


Retrouvez Valérie ici : http://neova.jimdo.com



vendredi 30 décembre 2016

Lettre 7 - Pour la liberté de Asli Erdogan







Je veux me réjouir, chère Asli Erdogan, de cette parenthèse qui te voit libre.
Je veux m’en réjouir et imaginer qu’elle pourrait ne jamais ce refermer.
Ta libération toute provisoire est ce petit éclair, cette petite flamme qui nous prouve qu’ensemble nous pouvons faire plier les pires dictatures. Il faudrait seulement que nous trouvions les mots pour que cet instant fragile ouvre d’autres consciences, favorise enfin les mobilisations nécessaires au changement d’allure de notre monde.
J’ai vu ton visage fatigué sortir de prison. J’ai vu la joie d’avoir traversé cette épreuve abominable et d’en sortir provisoirement libre.
J’étais devant la porte, et si loin en même temps…

Si loin et si proche…

Il me revient, à l’instant de t’écrire, et sachant que mes mots seront retranscrits à la main pour t’être lus, demain, de vive voix ces vers de Maïakovski, dans « Le nuage en pantalon » : 
« Comment osez-vous dire que vous êtes poète
et tout gris, pépier comme une caille !
Aujourd’hui
il faut
avec un casse-tête
fendre le crâne du monde ! »
C’était en 1914, et la guerre ronflait sur des lits de cadavres, déjà, et enflammait le monde…
Elle ne prend pas le même visage partout, bien sûr, désormais… Elle se contente d’ensanglanter quelques zones vouées à la barbarie et se mène de façon plus sournoise, en nos pays aseptisés, par l’extension pandémique du domaine de la misère.
Il y a deux façons de soumettre les peuples : la famine et la guerre. On peut observer ces deux versants simultanément et nos mots lorsqu’ils se font témoins de cette ignoble dérive sont alors accusés de « terrorisme » !

Nous savons bien qu’il est toujours plus commode d’accuser son chien de la rage pour justifier de l’abattre…
Je faisais hier, analysant votre libération, une analogie entre les gouvernants de ce monde (les vôtres comme les nôtres) et l’attitude des fauves qui n’accordent à leur proie que quelques instants de répit avant de poursuivre leur carnage.
Ce que les fauves ne savent pas, c’est que leur proie peut profiter de ce moment pour accumuler assez de forces capables de terrasser les monstres.
Les fauves sont ignorants de la subtilité. Il faut vivre en poète pour commencer à en appréhender l’ouverture. C’est notre force et notre faiblesse : nous n’avons pas d’armes, juste des pensées, des rêves et des mots… Qui ne savent pas toujours se faire vrille pour éveiller les consciences endormies par le petit confort douillet de la sainte consommation, comme par la faim, la soif et la peur de succomber (puisque rien désormais dans les règles internationales ne saurait protéger l’immense majorité des civils).

J’ai admiré ton courage, jeudi, devant ce prétoire qui ne t’était pas acquis. Nous ne sommes, comme tu l’as dit, que des écrivains. Nous n’avons aucune arme juridique pour plaider notre cause, juste cette petite flamme d’humanité à maintenir pour que rien ne se perde de l’espérance.
Je traverserai le passage de l’an et serai par mes pensées à vos côtés, lundi…

Je crois encore en la possibilité d’un triomphe, tout en restant vigilant sur le sommeil des monstres.
Si tel devait être l’issue, je serais ravi de recevoir ici ta liberté consolidée.

Avec toute mon amitié solidaire, bien à toi, à vous tous, y compris celles et ceux qui sont nos ambassadeurs à tes côtés, 

Xavier Lainé

Manosque, 31 décembre 2016



vendredi 23 décembre 2016

Lettre 6 - Pour la liberté de Asli Erdogan





J’aurais préféré ne pas, chère Asli Erdogan. Comme Bartleby, comme toutes celles et tous ceux qui vaquent à leurs affaires sans un regard sur vos noms qui disent l’extension du domaine des geôles.
J’aurais préféré ne pas avoir à écrire cette sixième lettre ou, du moins, j’aurais aimé te l’écrire et te la faire parvenir chez toi. Que tu puisses la lire depuis ta table de travail, avec un regard sans barreaux vers le ciel.

Voici qu’ici la folie mercantile frise à l’indécence. On passe les bras chargés d’achats et de victuailles sans voir les mains tremblantes et les moignons rongés par le froid.
Il en est un ici qui saurait entrer dans tes écrits sans difficulté. Il hante de son rire l’esplanade de la poste. Il fut debout, puis avec l’aide de cannes et, pour finir, il est dans un fauteuil. Mais il a toujours gardé son rire, et dit toujours bonjour à tout le monde, sans attendre aucune réponse.
D’autres, chaque samedi, s’alignent dans la rue Grande. Ils tendent leurs mains, suppliant quelque obole au milieu de la foule qui passe…

Viendra-t-on demain nous reprocher de parler de ceux-là qui sont comme un doigt tendu vers l’infâmie de vivre ce temps qui traîne le mot « égalité » dans la boue des démocraties malades ?
Peut-être, puisqu’il semble que dans ton pays, l’Europe regarde mais ne voit pas qu’elle tire déjà le linceul sur nos espérances (ou peut-être voit-elle, consentante…).
D’ailleurs, chez tes voisins grecs, il suffit qu’un gouvernement veuille alléger un tout petit peu son peuple à la peine pour que déjà les oligarques non élus tiennent propos vengeurs.
Il leur faut cette misère, celle qui est lisible dans tes livres, qu’on peut voir désormais partout, sauf à être atteint d’une cécité sélective.

Autrefois il suffisait d’envoyer l’armée ou la police. Désormais c’est devenu inutile : il suffit de montrer à bon escient les morts dans la rue pour ramener les quidams à leur prison sans barreaux.
La misère est un geôlier plus âpre et plus sournois. Et tandis qu’elle parade et mue certains en sombres assassins, ce sont celles et ceux qui dénoncent l’usage et l’abus qui se trouvent enfermés.
La peur est le ferment de toutes les indifférences. Que je dise que lentement nous glissons vers notre négation, voici que les regards changent.
Nous oublions que nul dans l’histoire n’a grandi sans lutter, sans réfléchir ensemble, sans construire hors de toutes les monarchies et autres dictatures, hors les sentiers d’aveugles croyances.
Rien n’a jamais été obtenu en niant le nécessaire apprentissage de devenir toujours plus humains, sans trop savoir ce que ce mot pourrait signifier.

Votre emprisonnement, s’il devait, la semaine prochaine, se traduire par une scandaleuse condamnation à vie, serait le signe, après Alep, que les droits universels de l’homme, dont nos pays sont pourtant signataires, seraient réduits à néant.
Nous entrerions alors dans une longue période de barbarie aveugle comme les homo sapiens savent en entreprendre lorsqu’ils perdent le sens de leur existence.
J’aurais aimé partir, comme d’autres vont le faire, et me tenir debout devant le tribunal où tu seras jugée pour des fautes non commises. Seuls mes mots circuleront qui disent ceci : « Nos mots bout à bout se feront corde de drap blanc ; d’autres seront lime érodant les barreaux ; nos voix, lumières sur le chemin des libertés. »
Quoiqu’il advienne, nous aurons toujours cette nécessaire mission de dire et dénoncer ce qui doit être dit et dénoncé, et nul ne pourra arrêter la circulation de tes livres.
C’est là notre plus intime liberté qu’aucune geôle ne saurait contraindre.

Je garde l’espoir que ma prochaine lettre sera teintée de lumière. Et puisque nous arrivons au solstice d’hiver, je glisse entre mes mots la flamme qui ouvrira les portes et rompra les chaines.

Bien à toi et avec l’assurance de pouvoir t’accueillir un jour, ici.


Xavier Lainé, Manosque, 24 décembre 2016

jeudi 22 décembre 2016

Il me fallait répondre


"Gammes", carnet - Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés


Il me fallait répondre
A l’immense soif de solitude
De plaisir volé
En des heures à ne rien faire
Que rêver et suivre des yeux
Les passants et passantes
D’un jour de liberté

Fruit doux et amer
De long épuisement
Il me fallait fuir éperdument
Les âpres sortilèges
Les viles jalousies
Les pauvres quêtes de notoriété
Et entrer au silence
Que fait le seul coeur qui bat

Alors j’ai plongé avec délice
Aux eaux froides d’une marge kidnappée
Laissant à la folle course indéfinie
Le monde et ses rumeurs de guerres

Il me fallait le silence
Comme linceul à mes larmes
En cataractes brulantes


Coulant à l’intérieur

Extrait de "Gammes", carnets inédits

© Xavier Lainé, avril 2011, juin-juillet-septembre-novembre 2013, janvier-février-avril-mai-juin-juillet-août 2014, septembre-octobre-novembre 2015, février-novembre-décembre 2016




vendredi 16 décembre 2016

Lettre 5- Pour la liberté de Asli Erdogan





Chère Asli,

Je plonge ma plume en ce silence étouffant. La clameur sera-t-elle assez forte, la flamme des mots assez puissantes pour forcer les portes de cet enfer ?
C’est un rêve encore : mais je t’imagine libre nous rejoignant sur la place.
Je n’y serai pas. J’aurais pourtant aimé.
Parfois nous nous mettons nous-même en prison. C’est un peu comme ça que je suis. Seuls mes mots s’évadent. Moi, j’y reste et y demeure, avec la volonté farouche que nul autre ne vive cet enfer sans volonté, cet univers où rien ne parvient sinon l’ombre et le désespoir.

Je rêve depuis toujours d’abolir tous les univers concentrationnaires. Je sais des pays où les cellules demeurent vides, tandis qu’ici, comme chez toi, on manie la condamnation sans frein.
Et à écrire ce que vivent les exclus, nous voici sur la ligne de mire des pouvoirs.
Ils n’aiment pas qu’on dise à quoi ils condamnent nos semblables.
Ils n’aiment pas.
Et pourtant, nous n’avons que nos pages pour dénoncer cette déchéance de toute humanité où l’enfer libéral moderne voudrait nous enfermer.
Huxley frappe à notre porte et la perspective de se trouver sous les feux des projecteurs médiatiques, non pour cultiver notre ego mais pour dire ce que l’écran de fumée cache est déjà ouverture sur le gouffre béant des oubliettes.

On me demande souvent comment je vais. Lorsque je dis que je vais bien mais que j’en ai honte quand tout se détraque autour de moi, je vois bien dans les regards une désapprobation.
Parfois on ose m’affirmer assez crûment qu’il vaudrait mieux faire abstraction.
Mais comment faire abstraction des guerres : de la première, ce conflit social qui vise à marginaliser toujours plus les plus faibles, à toutes les autres qui se traduisent en génocides sans cesse perpétrés tandis qu’à chaque fois nous courrons par les rues en criant « plus jamais ça » !

Il me vient à l’esprit, alors, ces mots de Jean Ferrat :
« On me dit à présent que ces mots n’ont plus court
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare »
C’est la sempiternelle rengaine qui nous mène toujours plus loin de notre nécessaire humanité.
Ce refrain si commun qu’il finit par engendrer toutes les indifférences on peut passer avec son panier plein devant la misère assise sur le sol glacé sans un soupir.
Moi, je ne peux pas. Tes personnages décrits dans « La ville dont la cape est rouge » ne sont désormais pas cantonnés à ce que les bien-pensant nommèrent le tiers monde. Ils hantent mes jours et mes nuits. Ils sont là à me vriller leur misère au coeur, avec la vrille de mes sentiments d’impuissance.
Alors je poursuis ma route encore avec Ferrat, même s’il n’est plus de mode d’entonner ses chansons :
« Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter
L’ombre s’est faite humaine aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister 
Pour qu’un jour vos enfants sachent qui vous étiez »

C’était à la mémoire des camps de la Shoah, mais, aujourd’hui, ils prennent une dimension planétaire, les barbelés ont le piquant de la misère noire et de l’éviction de toute vie digne possible, les miradors circulent sur la toile, laissant croire qui veut bien se prêter au jeu que nous serions libres.
Et lorsque nous dénonçons ou décrivons cet enfer moderne, nous voici avec toi devant leurs tribunaux à devoir justifier notre bonne foi.
La tyrannie commence dès lors que la présomption d’innocence est écrasée.

Je t’imagine libre franchissant les portes du prétoire. J’aurais aimé être là, n’y serai qu’à la force des mots. Et si, enfin libre, tu passais par ici, je serais ravi de t’accueillir et d’aller voir en ta compagnie le ciel rougissant de nos aubes d’hiver, et la liberté diaphane des cimes dressées comme un défi à l’horizon de nos rêves.

Cinq semaines que je t’écris sans savoir si mes mots te parviennent vraiment. Je les garde précieusement pour te les offrir lorsque la porte de ta geôle s’ouvrira, par la seule force de notre mobilisation grandissante.

Avec ma plus profonde amitié.


Xavier Lainé, Manosque, 17 décembre 2016